Placebo parce que le mot sonne bien, qu'il est prononçable dans plusieurs langues et surtout parce qu'un placebo n'est qu'un leurre, une façon pour le groupe de se démarquer de la tendance des années 90 d'appeler les groupes par des noms de drogues. Les derniers mois de 1994 sont consacrés aux compositions et répétitions et le premier concert de Placebo est donné au Rock Garden de Londres le 21 janvier 1995. Les premières démos sont enregistrées au mois de mars 1995 aux studios Sound Advice de Deptford ; ainsi voient entre autres le jour Nancy Boy, Teenage Angst et 36 Degrees. Avec une tendance "Punkie", les compositions restent techniquement simples à l'image des courants des années 80 prônant le "do it yourself" et privilégient l'énergie et l'émotion : des caractéristiques qui resteront la marque de fabrique d'un Placebo qui se trouve alors aux antipodes du courant Britpop des années 90.
C'est pourquoi très vite les maisons de disques anglaises subodorent la bonne affaire et s'empressent pour faire signer Placebo qui préfère temporiser. Le groupe gagne sa place sur une compilation après un concours et y présente Bruise Pristine puis finit par signer chez Hut Recordings, sous label de Virgin Records, en créant au passage son propre label Elevator Music Ltd., et sort son premier album sobrement intitulé Placebo le 17 juillet 1996. L'album, produit par Brad Wood, connaît un succès d'autant plus rapide que la presse à scandale britannique s'empare des paroles subversives et provocantes ainsi que de la personnalité de leur auteur Brian Molko qui, par son androgynie et sa voix nasillarde et traînante, suscite de nombreuses réactions, aussi bien d'admiration que de rejet. "Sex Drugs & Rock'n'roll", entrevues irrévérencieuses, un cocktail efficace qui, associé à un rock incisif et pressant que l'on pourrait qualifier de punk rock, conquiert le public. Auteur des paroles, Brian Molko décharge ici toute la frustration emmaganisée pendant deux années de chômage, donnant un aspect très émotionnel aux compositions dégageant beaucoup d'urgence et de colère. Les textes apparaissent autobiographiques bien qu'ils soient sans aucun doute romancés.
Glamour et décadence sont les ingrédients qui séduisent les nouveaux fans. C'est ainsi que Nancy Boy deviendra un hymne symbolisant les débuts du groupe, accompagné de Teenage Angst et 36 Degrees. Sur scène, ces chansons ont le point commun de dégager un son très Noisy recouvrant la voix particulière de Brian Molko s'acharnant sur sa guitare surnommée Bitch, une Fender Jaguar rouge et blanche accordée comme la plupart des autres guitares du groupe pour un rendu totalement unique. A ses côtés, Stefan Olsdal ne joue alors qu'exclusivement de la basse, instrument prenant une place prépondérante dans la musique du trio formé sur le concept "Basse, Guitare, Batterie".
Mais visiblement le caractère haut en couleur du leader Brian Molko et celui de Robert Schultzberg ne s'accordent plus ; un différend entre les deux hommes existe depuis septembre 95 mais, soucieux de ne pas porter atteinte à la pérennité du groupe, un concensus assura la formation jusqu'à la sortie de l'album et sa promotion. La situation se dégrade lors de l'été 96 et Robert Schultzberg est alors prié de quitter le groupe le plus rapidement possible. Ainsi, Steven Hewitt reprend du service à l'aube de la première véritable tournée le 13 octobre 1996. La composition du groupe restera dès lors inchangée jusqu'en 2007